Le BEN/CODDAE réuni en session extraordinaire, ce mardi 2 février 2010 à l’effet d’examiner l’évolution du dialogue politique inter Nigérien et la situation alimentaire préoccupante au Niger, fait la déclaration suivante :
Voilà bientôt huit mois que persiste la crise politique que connaît notre pays sans véritable lueur d’espoir. Eu égard à l’importance de l’enjeu pour notre peuple, il ne lui est pas permis, en pareille circonstance, de désespérer. Dans cette situation qui semble dramatique pour notre peuple, aucun effort ne sera de trop.
C’est pourquoi, en particulier, le CODDAE demande à la CEDEAO, à l’Union Européenne, aux Etats-Unis d’Amérique, à la France et à tous les pays de bonne volonté qui n’ont jamais cessé de prodiguer de sages conseils aux Nigériens à œuvrer toujours dans le sens de la préservation des intérêts supérieurs du Niger et de son peuple.
Force est de reconnaître que jusqu’ici, le dialogue inter nigérien n’a pas été engagé comme nous l’aurions souhaité. Nous pensons que les subterfuges utilisés par les quelques ennemis de la paix et de la concorde entre les acteurs de la classe politique, tapis dans les deux camps, ne sont pas étrangers à la situation de perpétuel recommencement dans laquelle nous risquerons de nous enliser.
S’il est vrai que les deux parties prenantes ont toutes reconnus le sérieux, la sagesse et la perspicacité avec lesquels le Médiateur de la CEDEAO, son Excellence Abdoul Salami Aboubacar, a travaillé jusqu’ici, en mettant en avant l’intérêt de notre pays et que les acteurs du dialogue politique disent, pourtant, tous apprécié.
Malgré tout, face à la réalité, les positions tranchées n’ont pas fondamentalement changé, bien au contraire, certaines personnes désirent toujours, à travers leurs propos largement médiatisés au niveau national, nous éloigner de l’objectif principal de ce dialogue inter Nigérien qui vise à chercher des solutions consensuelles pour ramener notre pays dans le chemin légal de la démocratie pluraliste et de la préservation des valeurs républicaines auxquelles notre peuple est profondément attaché.
Il nous semble essentiel que les deux parties s’en tiennent aux engagements pris face à la communauté internationale et notamment à l’occasion de la fin des rencontres de haut niveau tenues avec la CEDEAO et l’Union Européenne, et dont la substance essentielle est que le Niger doit reprendre son processus démocratique normal.
Nous estimons que notre pays a perdu beaucoup de temps précieux avec cette crise politique qui l’affecte profondément et que le scepticisme commence à gagner notre peuple d’habitude très patient, en raison de la légèreté avec laquelle sa classe politique joue avec le sort de la nation.
Nous savons, pertinemment, que sans un minimum d’entente entre les hommes politiques et la société civile nigérienne, il est impensable de vouloir bâtir une nation unie, forte et solidaire dans un cadre politique pluraliste.
C’est pour toutes ces raisons, que le CODDAE souhaite vivement que les prochaines séances de négociations soient de véritables rencontres porteuses d’espoirs, entre des personnes responsables décidées à aboutir à un résultat positif qui soit à la hauteur des problèmes à résoudre et soucieuses d’accomplir une mission hautement historique, car il y va de l’avenir de notre pays et de son peuple.
En outre, notre pays très vulnérable aux affres des fluctuations atmosphériques, risque de connaître au cours de cette année 2010, une situation alimentaire très difficile pour ses habitants comme pour leur cheptel. En effet, les évaluations faites par le Gouvernement relativement au déroulement de la campagne agro-pastorale révèlent malheureusement qu’en fin de campagne 2009, il a été enregistré des déficits céréaliers et fourragers considérables.
Et comme conséquences, d’un hivernage irrégulier, même les mares et les nappes phréatiques qui permettent généralement la pratique des cultures de contre saison ne se sont pas suffisamment remplies pour permettre d’atténuer le déficit alimentaire en cette année.
C’est dire que l’année 2010 connaîtra une période de soudure très longue eu égard au niveau des stocks alimentaires très bas, aussi bien chez les producteurs ruraux, chez les commerçants spéculateurs qu’au niveau de l’OPVN, y compris la raréfaction des pâturages dans les zones de parcours du bétail.
Devant cette situation qui s’annonce d’ores et déjà très préoccupante, en vérité l’achat des céréales d’un montant de 4 milliards de francs CFA annoncé par le Gouvernement à un prix relativement très élevé du fait de la rareté des apports même dans les zones disposant théoriquement d’un surplus céréalier, ne peut faire face à la situation de pénurie prévisible dans les zones vulnérables et déficitaires.
Pour constituer le stock de sécurité alimentaire en rapport avec l’ampleur de cette insécurité alimentaire qui se dessine dès maintenant, le CODDAE suggère que les revenus procurés par la vente de niébé acheté l’année dernière pour un montant de plus de 11 milliards et revendu en grande partie, servent utilement à l’acquisition des denrées alimentaires, même s’il faut pour cela recourir aux marchés des pays qui ont connu un hivernage plus clément.
En tout état de cause, le CODDAE lance dès maintenant un appel à l’aide alimentaire internationale, compte tenu des réactions des donateurs généralement très lentes et des délais d’acheminement habituellement trop longs.
Aussi, le CODDAE souhaite rapidement que les partenaires traditionnels de notre pays qui jusqu’ici ont toujours assisté les pays victimes des calamités naturelles, qu’ils ne tiennent pas compte des circonstances politiques qui prévalent dans notre pays pour marchander leur assistance aux populations nigériennes sinistrées et ce conformément à leurs déclarations très appréciées concernant l’aide humanitaire à apporter aux personnes nécessiteuses.
En outre, le CODDAE conseille tous nos compatriotes à gérer avec parcimonie et en bons pères de familles les stocks alimentaires dont ils disposent et d’éviter les gaspillages généralement constatés en fin d’hivernage.
Enfin, le CODDAE invite tous ceux qui ont les moyens d’aider leurs compatriotes qui sont dans les besoins en donnant un sens plus large à la solidarité nationale.
Fait à Niamey, le 2 février 2010
Pour le BEN/CODDAE, le Président
Moustapha Kadi
mardi 2 février 2010