Déclaration de presse du CODDAE relative aux affrontements meurtriers entre Chrétiens et Musulmans à Jos au Nigeria

Envoyer
Imprimer 262 Diminuer la taille de la police Augmenter la taille de la police



Depuis le dimanche 17 janvier 2010, le CODDAE suit avec une vive inquiétude et une grande émotion la scène horrible née des confrontations violentes entre les communautés Chrétiennes et Musulmanes dans la ville de Jos, capitale de l'Etat du Plateau, située au nord de la République fédérale du Nigéria.

L’origine de ce conflit est liée à la construction d’une mosquée dans le quartier de Intrela. On parle déjà de 300 morts, 4000 personnes déplacées et 168 personnes arrêtées en raison des violences dans la ville et ses alentours. La section locale de l'organisation islamique Jamaatu Nasril Islam a déclaré avoir recensé 138 corps dans la grande mosquée de vendredi.

L’on se souvient que ces types de conflits se produisent à Jos de façon récurrente depuis 1999 et totalisent déjà 13.000 morts. C’est dire que ces conflits se traduisent toujours par de nombreuses pertes en vies humaines, des blessés graves, des destructions systématiques de biens, des pillages, notamment des incendies des lieux de cultes, des habitations, des véhicules ainsi que des démolitions d’infrastructures publiques.

Tout le monde pensait que le Gouvernement fédéral du Nigeria avait tiré les leçons de ces évènements graves dont les conséquences débordent ses frontières pour atteindre les pays voisins comme le Niger. En effet, dans la ville de Jos, vit depuis des décennies une forte communauté des « Adrawas ».

Cette fois ci encore, nous avons appris avec consternation que cette communauté nigérienne a été lourdement affectée. Il fallait donc s’y attendre avec ces affrontements meurtriers. Aujourd’hui, parmi les victimes nigériennes, l’on relève déjà un bilan préoccupant dont :
- deux nigériens retrouvés morts, il s’agit de Samaila Rabo et de Abdoulahi Idrissa qui est natif du village de Zangarata, situé dans le département de Keita ;
- 8 nigériens portés disparus ;
- 40 maisons des nigériens pillées, détruites et brûlées ;
- 500 jeunes nigériens en fuite ayant abandonné biens et familles pour sauver leur vie ;
- 15 nigériens arrêtés dont deux seulement ont été aperçus par leurs parents lors de leur arrestation, il s’agit de Issoufou Attahirou et Awaly Amadou tous ressortissants de Tamaské, région de Tahoua ;
- d’importantes pertes enregistrées par les nigériens basés dans cette ville et ses environs, pertes estimées à plusieurs millions de Nairas.

Le CODDAE est surpris de constater que la presse internationale, n’a jusqu’ici pas fait cas des nigériens tués dans ce drame qui pourtant se déroule presque à notre porte et qui nous concerne directement. A l’heure actuelle, malgré le déploiement massif des forces de l’ordre, la chasse aux étrangers accusés d’être en complicité avec leurs co-religionnaires se poursuit dans le seul but de les dépouiller de leurs biens ou en guise de vengeance.

Cette situation doit interpeller le Gouvernement du Niger, tous les Hommes Politiques et les Acteurs de la Société Civile, pour le cas échéant, prendre des mesures appropriées pour y faire face. Car, au Niger, nous avons toujours affirmé que tout ce qui touche le Nigéria, touche également le Niger. Et un des dictons qui vient de chez nous, nous enseigne que quand la barbe de ton voisin brûle, il faut mouiller la tienne.

Concrètement, le CODDAE pense qu’il faut dans les meilleurs délais, envoyer une mission conjointe composée des émissaires représentants les autorités et les défenseurs des droits de l’homme pour s’enquérir de la situation exacte auprès du Gouvernement d’Abuja et dans la ville de Jos afin de rencontrer les représentants des communautés nigériennes à propos desquels nous avons besoin de renseignements précis sur la nature de l’assistance d’urgence à leur apporter.

Le CODDAE demande vivement, aux hommes politiques et aux leaders religieux du Nigéria qui semblent être les instigateurs de l’animosité et de la haine entre les différents groupes ethniques pour des intérêts partisans inavouables, de cesser de jeter de l’huile sur le feu dans leur pays.

Aussi, dans l’intérêt supérieur du Nigéria, pays frère et ami, et de celui des pays voisins, le CODDAE invite la classe politique et les leaders religieux de la ville de Jos de faire preuve de sagesse et de responsabilité pour tirer définitivement les leçons de ces drames récurrents qui donnent l’image des personnes égoïstes qui n’hésitent jamais à sacrifier l’intérêt de leur peuple sur l’autel de leurs ambitions personnelles.

Devant ces affrontements aveugles que rien ne justifie, le CODDAE adresse ses condoléances les plus attristées aux familles des disparus et exprime sa solidarité à tous ceux auxquels cette douloureuse épreuve est imposée.

Enfin, le CODDAE interpelle la CEDEAO et la Communauté Internationale d’apporter leurs aides d’urgences aux victimes et particulièrement aux étrangers qui désirent quitter le chao en toute sécurité et en compagnie de leurs biens personnels.

Fait à Niamey, le 23 janvier 2010
Pour le BEN/CODDAE, le Président

Moustapha Kadi

lundi 25 janvier 2010

Dans la même catégorie


Société
Au tribunal
Newsletter
Sondages
Que vous inspire la présence militaire au Niger ?
Rassurante et légitime pour une courte durée
Illégitime. Rien ne la justifie